samedi 13 février 2016

Saül à toi.

S'il y a un point central en Guyane, c'est bien Saül (prononcez Sa-ul), perdu au beau milieu de la forêt et accessible uniquement en avion (un coucou à hélices de quinze places) - ou par pirogue et deux jours de marche, mais ça poserait problème pour y aller le temps d'un long weekend. Ah oui, parce qu'en Guyane, le mardi-gras est férié. Du coup, ça fait un pont en février. Du coup, j'avais quatre jours à occuper. Du coup, j'en ai profité pour aller à Saül. Du coup, c'est cool. Mais genre vraiment trop cool. Youpi.



"Tu crois qu'il va nous faire le coup de la panne ?"



Par contre, inconvénient de l'isolement de Saül : le prix des denrées alimentaires dans la (seule) supérette. C'est comme le coca à 19 euro dans le sketch de Gad Elmaleh sur le restaurant d'altitude, mais sans la neige. Et sans l'altitude. Avec la forêt. Et la platitude. C'est tout simplement dû à l'isolement forestier, qui empêche le ravitaillement de tout consommable (aliments, carburant, gaz, etc...) autrement que par les airs. Du coup, tout est acheminé grâce au fret aérien, au prix qu'on lui connait (surtout pour un bouzin qui n'a même pas de soute). Du coup, tout coûte cher. Du coup, tu passes un maximum de bouffe dans l'avion. Du coup, tu payes un excédent bagage. Du coup, c'est re-cher. Du coup, c'est chiant. Sacrebleu.

 Je m'attendais à un atterrissage assez brutal, mais l'avion s'est posé en douceur sur la piste (et le mot "piste" n'a jamais été aussi approprié). Il faut ensuite environ dix minutes de marche avec un barda de 15kg pour arriver au bourg, par un petit chemin forestier qui débouche sur la rue menant à la mairie. Le village est minuscule mais a quand même son école, son église à double clocher classée, quelques restaurants, une majorité de carbets d'accueil pour les touristes et des piles photovoltaïques dans tous les coins. Et un gros groupe électrogène d'appoint. Et à part ça, la forêt. On est complètement cerné par la forêt. Où que l'on regarde, une grande muraille verte barre la vue.

"Cheese !"
Les sentiers de Saül sont assez longs et bien balisés, ce qui permet de randonner facilement tout en ayant la chance de pouvoir voir une végétation et des animaux rares sur littoral Guyanais, voire absents. L'intérêt de se perdre autant en pleine forêt est donc forcément naturaliste, et Saül ne survit que grâce à l'écotourisme. Un sentier entier est même consacré uniquement à plusieurs arbres remarquables, comme le fromager ci-contre (tu piges le fabuleux jeu de mots en légende ?), dont je n'ai pu prendre en photo que les contreforts tant les proportions sont démesurées. Le sentier Roche-Bateau est de loin le plus joli à parcourir, avec quelques ponts de singe (enfin, ça dépend de qui est dessus) et des formations géologiques assez impressionnantes. Il débouche sur le carbet d'hôtes de Kanawa, où on a passé la nuit, au bord de la jolie crique Popote.



"Tu crois qu'il y a le temple du soleil au bout ?"



Bon, j'ai un peu exagéré avec les prix tout à l'heure, les restos affichent des tarifs déconcertants ; pour seulement vingt balles, la taulière nous a fait un entrée-plat-dessert aux p'tits ognons (et venez pas m'emmerder avec l'orthographe). Et tout ça avec des produits de leur jardin (dont des bananes flambées au rhum arrangé à se taper le cul par-terre). Autant vous dire qu'on a bien dormi. Et rebelote le lendemain avec un p'tit dej' au jus de corossol, fruits et confitures locales (mangue-cannelle, ça déchire !) qui a eu raison de notre motivation à repartir tôt le matin.

Kaa a les sinus qui sifflent.
La dernière randonnée du séjour sera sur le layon des cascades, un sentier sinueux, et non balisé ; le but étant d'atteindre les fameuses cascades et d'y installer un carbet-bâche pour y passer la nuit. C'était de loin la rando la plus éprouvante du séjour (18km), avec les sacs les plus lourds, des criques à passer et des chablis en pagaille, mais on aura pu voir pas mal d'animaux peu communs ; des serpents, une tortue charbonnière, des agamis, des singes et tout un tas de batraciens remarquables. La fatigue de la journée me fera passer la meilleure nuit que j'ai jamais faite en hamac, après une courte soirée au feu de camp. Par contre, le réveil se fera avec la douceur et la délicatesse d'un coup de batte dans la tronche ; merci à ces putains de singes hurleurs qui ont braillé comme des tabanards à peine le jour levé. Et ici, il se lève à six heures. Connards.



"C'est bon ? J'peux arrêter de taper la pose ?"
"Ta gueule, et souris !"
 


On arrivera à Saül un peu avant midi, à moitié sur les rotules, à moitié en rampant ; trempés de sueur et boueux. La meilleure douche de ma vie, je vous dis. Merci à notre hôte de la nuit précédente de nous avoir permis d'en profiter et de se reposer dans son carbet. Encore trois petites heures avant le vol pour Cayenne ; à comater au soleil avec des affaires sèches - pour la première fois en trois jours - et une bière bien fraîche. Bilan : quatre jours, soixante kilomètres, presque pas de pluie, un caïman qui a traversé la route et un retour de branche dans la gueule.

samedi 24 octobre 2015

Les enfants du marais.

Quand on arrive en Guyane, on n'entend personne vous parler des pripris de Yiyi, peu visités des touristes (vraiment peu : on était complètement seuls ce weekend), mais pourtant très faciles d'accès et qui présentent une biodiversité particulièrement riche. Le site est bien évidemment protégé et de nombreux organismes œuvrent à la protection du milieu, tout en le rendant accessible aux visiteurs. Une maison de la nature est présente à l'entrée, où l'ont peut voir dans des aquariums les espèces de poissons présentes dans les marais (dont la plupart sont d'ailleurs vendues en métropole dans les animaleries) et des panneaux explicatifs sur les écosystèmes présents.



C'est la saison des premiers perce-neiges.



"Merde, c'est par où ?"
"J'sais pas... à ton avis ?!"
Le touriste est aux p'tits soins : des canoës sont à louer et des cartes plastifiées sont fournies pour pouvoir se repérer et identifier la faune aviaire, très présente. Des itinéraires balisés ont été aménagés, d'abord dans une zone très dégagée, puis au beau milieu des moucou-moucous, formant un canal très étroit. Autant la première partie est facile d'accès et de circulation, autant la seconde est plus délicate : il est complètement impossible de faire demi-tour (bah tu vas jusqu'au bout ou t'y vas pas) et  on n'a parfois même pas la place de pagayer, mais c'est un décor complètement inédit, peut-être un peu oppressant pour les claustros. Dans tous les cas, la faune est facilement observable : oiseaux pêcheurs, dont on voit parfois la tête émerger hors de l'eau puis replonger, caïmans, poissons et moustiques (putain alors eux, ils sont pas en voie d'extinction !).

Les pripris de Yiyi sont connus pour la présence du jacamar vert, que l'on a justement pu observer (ci-contre), oiseau peu farouche qui aime bien revenir constamment au même endroit. Sinon, on a eu la chance de voir également deux caïmans (rouge et à lunettes), un gymnote (grosse anguille électrique) et des couples d'amazones traverser les marais en fin de journée (l'espèce est très présente entre Iracoubo et Sinnamary). Au final, la balade aura duré trois petites heures, dont deux pour apprendre à diriger le canoë, et en comptant la courte balade aménagée en bordure des marais.

Spider-Man a éternué.
Le sentier botanique de la piste de Saint-Elie, à coté du carbet communal où l'on a dormi est particulièrement bien entretenu, avec de nombreux panneaux explicatifs et des structures d'étude de l'érosion des sols. En partant assez tôt le matin on espérait surprendre quelques animaux, mais on a surtout été surpris par les moustiques. L'intérêt du sentier est quasi-exclusivement botanique, avec des panneaux permettant d'identifier les (très) nombreuses espèces d'arbres présentes dans cette partie de la forêt. On a quand même croisé des colonies d'araignées sociales, dont une qui recouvrait les arbres sur plusieurs mètres carrés (photo). Ces araignées ont la particularité de construire une (gigantesque) toile en commun, sur laquelle elles peuvent se retrouver à plusieurs milliers. Et on a pu observer un phénomène encore non élucidé à ce jour, la synchronisation : les araignées d'une même colonie se déplacent par intermittence, exactement au même instant, en une fraction de seconde et sans apparente communication ou signal préalable ; c'est très étonnant à voir.






Avant de retourner sur Cayenne, on s'arrêtera manger dans un restaurant au bord du fleuve à Sinnamary, village créole de l'époque coloniale sur le fleuve du même nom. On est dimanche, les rues sont désertes et tous les commerces fermés (à l'exception de ceux tenus par les Hmongs) ; le restaurant ne nous servira pas avant midi, quand le personnel sera revenu de la messe - comme tout le monde. La place principale du village est située devant l'église, le long du fleuve, dans lequel se baignent des enfants surveillés par leurs grands-parents qui discutent à l'ombre d'un manguier, tous en ligne sur un banc. Ouais, on nage en plein cliché.

mercredi 10 juin 2015

Trois mètres au-dessus du ciel.

Toutes les sorties que j'ai pu faire en Guyane n'ont pas fait l'objet d'un article, et ce, pour diverses raisons : peu de choses à raconter ou à montrer pour certaines, redondance avec un précédent article pour d'autres, ou tout simplement absence de photos d'illustration. Cet article sera un peu particulier pour cette fois, puisqu'il regroupe trois des sorties que j'ai pu faire ce mois-ci mais dont la narration ne justifiait pas l'écriture d'articles séparés. Un lien les uni cependant : elles ont toutes été organisées par la très sérieuse association "Trek et co", fondée par un collègue chimiste du labo.



I. Le lac Pali


La première de ces trois sorties était au lac Pali (enfin, "lac", c'est vite dit : il s'agit en réalité d'une terre inondable qui ne l'est pas à notre arrivée), dans la réserve naturelle de Kaw. L'accès se fait par la crique Gabrielle, rivière étroite et sinueuse qu'il nous faut remonter entre les arbres d'une forêt inondée avec un canoë aussi maniable que le Queen Mary II sur le canal du midi. Mais une fois la difficulté passée, on retrouve l'eau si caractéristique des marais de Kaw ; cette eau noire et lisse comme un miroir, qui nous donne l'impression de pagayer au-dessus du ciel. Mais le vrai régal oculaire, ce n'est qu'une fois arrivés sur place :



Les palmiers, une espèce végétale entre ciel et terre.



Outre les nombreux oiseaux (Pics, martins pêcheurs, colibris, etc...) et le quatre-yeux (que la honteuse qualité de la photo m'empêche de publier ici), la nuit nous permettra de voir également quelques jeunes caïmans rouges, dont un qui se laissera attraper (c'est rugueux et ça mord). Le retour de nuit, sous un ciel complètement dégagé, est un moment complètement différent : lampe éteintes, uniquement éclairés par la lune et les étoiles réfléchies dans l'eau, à se laisser bercer par le faible courant - ne rien faire, savourer. Merde, je bosse demain.



II. Petit Saut


Wikipédia dans la place, t'as vu !
Petit Saut est également un lac, mais il a ceci de particulier qu'il est totalement artificiel ; il s'agit en réalité d'une immense retenue d'eau d'un barrage hydroélectrique d'EDF (vous voyez la tâche bleue sur la carte ?), construit en 1994 afin de couvrir les besoins énergétiques de la Guyane (et pour cause : il assure 70% de la production électrique, le reste étant assuré par des panneaux solaires). Outre le désastre écologique d'une telle construction (365km² de forêt engloutis - c'est plus grand que la ville de Paris), le barrage offre le paysage unique d'un lac parsemé d'arbres morts, vestiges d'une ancienne canopée, et d'ilots forestiers.

La Guyane sous la neige.
Oubliez les belles photos ensoleillées des précédents articles : saison des pluies oblige, la quasi-totalité du weekend se fera en canoë sur et sous la flotte. Cela dit, la pluie, la brume et la lumière très froide du ciel sur les arbres morts nous plongent directement dans une ambiance un peu morbide du plus bel effet. La saucée ne va pas cesser de la journée, et même se densifier. "Eh, vous savez que ce soir, on est sensé manger du poisson au feu de bois ?!" "Hahaha ! Tu veux pas nous faire du café, tant que t'y es ?" "Oh putain ! T'en veux, du café ?" Ok, le café fait du bien, mais je sens qu'on n'est pas prêts de grailler.

Nemo et ses yeux de merlan frit.
Avec sa multitude d'îles, le lac est en fait un véritable labyrinthe, où l'on ne s'y repère que grâce au GPS d'Arnaud (de "Trek et co"). Après quelques heures de balade tranquille, on remonte une petite crique où l'on installe notre campement. Carbet-bâche pour la nuit, poisson au feu de bois pour le soir. Il ne se foutait même pas de moi tout à l'heure. "Bah, il n'y a que l'extérieur qui est humide, le cœur du bois est sec". Moi qui n'arrive même pas à allumer un barbecue avec du charbon, trois litres d'essence et un lance-flammes ; lui, il arrive à faire un feu capable de cuire un vivaneau de 2kg sous la pluie.

Le déluge ne s'arrêtera que le lendemain en fin de matinée, ce qui nous permettra de voir quelques oiseaux profitant de l'accalmie : un aigle, quelques rapaces et même les fameux et très bruyants aras. Le soleil se montrera au cours de l'après midi (et pas qu'un peu, on rentrera à Cayenne plus rouges que des communistes - et avec la crève), levant le voile sur le décor et m'offrant enfin ce que je suis venu chercher :



Nouveau concept : les maisons sous pilotis.



III. La montagne de Kaw.


En réalité, la sortie ne s'est pas uniquement axée sur la "montagne" de Kaw (une colline, en réalité), qui permet tout de même d'avoir une belle vue dominante sur la réserve, mais plutôt sur le village et les marais alentours. La réserve de Kaw, troisième de France par sa superficie, a autrefois été habitée par les amérindiens, dont il reste quelques traces, notamment une grande roche gravée au sommet de sa montagne. Malgré le fait que la région possède la plus forte pluviométrie de Guyane (et de France), on n'aura quasiment pas d'averse, alors qu'un véritable déluge s'abat sur Cayenne à notre départ.

Le niveau de l'eau à notre arrivée est tout de même particulièrement élevé, ce qui n'est pas forcément propice à l'observation des caïmans (vu que leur territoire se trouve de ce fait agrandi). On passe la journée en canoë, à déguster du regard mon paysage préféré de Guyane et à regarder les oiseaux pêcher. Après une halte au village de Kaw (uniquement accessible en embarcation) à la tombée de la nuit pour l'installation des hamacs et un petit gueuleton au resto, on repart ensuite en canoë nocturne pour aller voir les fameux crocodiliens. On en verra une bonne dizaine, essentiellement de jeunes caïmans à lunettes et des caïmans rouges.



"Putain Mowglie, c'est la troisième fois que je te le répète :
Va ranger ta forêt !"




Chicken run s'est fait la belle.
Le lendemain, nos pagaies nous guident dans une partie des marais que les agences de tourisme ne fréquentent pas, les animaux y sont donc plus nombreux et moins farouches. On y verra pas mal d'oiseaux, dont les très beaux hoazins (photo) ; et, la force la chance étant avec nous, les rares et superbes loutres géantes d’Amérique (dont je n'ai malheureusement pas d'(é)preuve photographique, malgré le fait que je me sois rué sur mon appareil), dont une qui restera quelques instants à moins de trois mètres, dressée face à nous - un peu comme sur cette photo.



Voilà pour ce triptyque de mai, la fréquence des sorties étant favorisée par les nombreux longs weekends dus aux jours fériés. Pas de sortie prévue pour le moment - vacances en métropole obligent (et saison des pluies aussi) -, le prochain article tardera certainement à venir - pas avant juillet-août au mieux.

samedi 25 avril 2015

Le grand Saut.

Il est en Guyane (et ailleurs) d'immenses massifs rocheux qui émergent des arbres et qui offrent une vue dominante sur toute la forêt primaire, répondant au doux nom géologique d'inselberg, ou savane roche. La savane roche Virginie se trouve à deux heures de route de Cayenne, sur la route de Saint-Georges-de-l'Oyapock, sur le fleuve Oyapock, porte d'entrée pour Oyapoque au Brésil (ça va les noms, vous arrivez à suivre ?). Et pour la petite anecdote de dîner mondain, c'est sur cet inselberg qu'a été tourné une courte partie du film "600 kilos d'or pur" - film raté mais au but louable de vouloir informer son public sur le problème de l'orpaillage illégal en Guyane -, dans lequel vous pouvez voir quelques images sympas de la Guyane (notamment le marché de Cayenne au tout début).

A la recherche du Marsupilami.
Le sentier pour y accéder est presque invisible, la pente bien raide à certains endroits ; la progression est lente et difficile. Il faut contourner les arbres couchés sur le sol ou marcher en équilibre sur des troncs pour traverser les cours d'eau qui jonchent le parcours (et là, avec l'humidité qui transforme toute surface en savonnette, tu flippes pour ton appareil photo !). Après deux heures de rando, la forêt disparait brusquement, éventrée par le sommet de l'inselberg, dénué d'arbres, qui émerge de l'océan vert et nous hisse au-dessus de la canopée. C'est vraiment splendide.



Il faisait beau lors de l'inauguration du nouveau skate-park.



La vue pendant le pique-nique (et le ti punch) n'est pas dégueulasse. Mais nous ne sommes malheureusement pas équipés pour y construire un carbet ; retour à Régina, mignon petit bled au nom de pizza, pour y passer la nuit. On devait à l'origine dormir à l'auberge de l'Approuague (le fleuve qui passe à Régina), mais le proprio a catégoriquement refusé une fois arrivés sur place parce qu'on n'y avait pas pris de repas, contrairement à l'accord conclu au départ par téléphone ; j'ai envie de dire : "quel coquinou, celui-là !". Galère à 22h pour trouver un abri pour la nuit, mais un grand merci aux habitants de Régina qui ont été d'une aide précieuse : cette nuit on dormira dans les lits du dortoir communal.

La journée du lendemain est consacrée à Oyapoque. La ville n'a en réalité aucun intérêt (enfin ça dépend pour qui : là-bas, la quille de cachaça ne coûte que 2,5 euro), il n'y a pas grand-chose à raconter, à part le carbet-restaurant où on a dormi : Ilha do sol ("l'île du soleil"), un carbet sur pilotis au beau milieu de l'Oyapock, où l'on ne peut accéder qu'en pirogue. La journée du dimanche est l'occasion d'aller à Saut Maripa, un site réputé pour son cadre et les traces d'une ancienne présence d'amérindiens, à une demi-heure de pirogue, en amont.

La LGV Toulouse-Bordeaux,
ouverture prévue fin 2024.
Après le débarcadère (en réalité, un trou parmi les branches des arbres pour laisser passer les embarcations), le sentier suit une ancienne voie ferrée sur laquelle circulaient des berlines pour transporter le matériel des piroguiers qui voulaient passer le saut (le rapide). Au bout, on arrive dans un ancien camp de légionnaires abandonné, les carbets sont de bois et de béton, parfaits pour y installer les hamacs. On y laisse les affaires et on rejoint le fleuve quelques dizaines de mètres plus loin. On n'est pas seuls, des brésiliens sont venus en famille faire un barbeuc (ils nous en offriront une pleine assiette, d'ailleurs) sur l'assise rocheuse qui se jette dans la rivière et sur laquelle on peut y voir d'anciens polissoirs amérindiens. Le site est vraiment très beau, on se sent perdus en pleines vacances avec une vue sur le Brésil de l'autre côté de la rivière, et la possibilité de se baigner autant qu'on veut.

La nuit, tout un tas de batraciens montrent leur nez (et notamment un crapaud-buffle, dont la coquette taille flirte avec celle d'un ballon de handball), attirés par l'eau toute proche. On terminera la soirée éclairés au feu de camp, à jouer aux cartes et aux cons. Le lendemain matin, le soleil laisse une lumière très douce sur les arbres et la brume qu'ils dégagent, ça permet de faire de belles photos. Malheureusement pas le temps de se baigner, le piroguier nous attend pour le retour à Saint-Georges ; les weekends les meilleurs sont toujours les plus courts, même quand ils durent quatre jours.



En face, le Brésil comme vous ne l'avez jamais vu.
D'ailleurs, vous ne l'avez jamais vu.

mardi 17 février 2015

Arlequin.

Les jours gras approchent (en fait ils sont passés, mais ils approchaient encore quand j'ai commencé à écrire l'article), c'est l'heure des défilés. Il y en a deux organisés, un à Kourou et un autre à Cayenne. Les participants se réunissent en équipes portant des costumes thématiques. Un concours des plus beaux déguisements étant organisé, certains participants s'investissent à fond et pour le coup, il y en a de super beaux. A peu près toutes les communes et beaucoup d'ethnies de Guyane y participent. Le défilé est traditionnellement ouvert par les motards, suivi cette année par les Hmongs et leurs grands dragons chinois.



King-Kong a une chiure de mouche dans l’œil.



Entre les différents cortèges, outre les gorilles en tout genre et les armoires à glace sur escarpins, de nombreuses femmes touloulous (costume traditionnel qui les dissimule intégralement ; à ne pas confondre avec la burqa : si la burqa est considérée comme traditionnelle par certains, elle n'est cependant pas là pour nourrir le fantasme de l'inconnue masquée et célibataire - ou alors les salafistes se sont quelque peu libérés depuis que je suis parti en Guyane, mais je ne suis pas au courant et dans ce cas je vous prie de m'excuser - et j'arrête ici cette interminable parenthèse qui n'a servi qu'à vous faire complètement oublier le début de la phrase que vous allez devoir relire) défilent accompagnées de leur tololo. Lors des soirées costumées, ce sont elles qui choisissent leur cavalier pour danser le piqué, une danse assez... sexuée (ce mot a l'avantage de rester élégant, mais c'est un putain d'euphémisme).

Après plusieurs cortèges, l'animateur du défilé nous prévient : "Voici les brésiliens, sortez les appareils photo !". "Ah ? Ils sont balèzes en costumes, les brésiliens ?". Ouais, ils sont balèzes en costumes. Mais voyez plutôt (en plein écran, on se rend mieux compte) :






Quoi, vous n'avez pas fait gaffe aux costumes ? Ouais, moi non plus. Dans la foule, on peut entendre de-ci de-là beaucoup de théories et d'analyses à deux balles comme "Le brésilien n'est pas frileux", "C'est une question de culture (et de climat aussi)", "Ils n'ont pas le même rapport au corps que nous", etc... pour tenter d'expliquer pourquoi les brésiliens affichent leurs corps avec aussi peu de gêne, alors que la raison est en réalité bien plus simple : eux, ils s'en foutent.

Le carnaval est un moment festif, mais c'est aussi un véritable événement sociologique ; ceux qui défilent disposent d'une exposition visuelle - directe ou indirecte, via la télé -, c'est donc l'occasion de faire passer des messages en tout genre : prévention, politique, positionnements contre le Malathion (un mousticide dangereux utilisé en Guyane), etc... Mais pour en revenir au carnaval, certaines équipes rivalisent de créativité pour la conception de leurs costumes. Il y en a vraiment des magnifiques :



"Bonsoir beau brun, tu ne saurais pas
où est mon ami Dominique S.K., par hasard ?"



Heu non, pas celui-là, faut pas déconner. Entre les dragqueens flippantes et les brésiliennes proposant des massages avec une "très agréable finition" dans les annonces du journal local, il y en a pour tous les goûts (ou pas). Non, plus sérieusement, parmi les plus beaux costumes, il y avait ceux-là :



"Joey, t'es sûr qu'on va pas nous reconnaître ?"
"Pour ça, faudrait que tu fermes ta gueule, Averell !"







Le grand bleu (à la figure noire).



Christiane Taubira est dans la place !



Le carnaval commence au premier janvier et se termine aux défilés du mardi-gras (férié) et mercredi des cendres (où la mascotte Vaval est brulée à la place des palmistes). Cette année il aura duré six semaines, celui de l'an prochain durera deux mois et demi. Les parades se terminent toujours de la même manière : le vidé. Un camion balançant par un mur d'amplis de la musique jouée en live clôt le spectacle. Ceux qui en ont envie (beaucoup !), le suivent et partent danser toute la nuit.

dimanche 8 février 2015

La route d'Eldorado.

Les toulousains ont le Pas-de-la-Case, les guyanais ont le Suriname. Pays peu développé, à l'économie flagada et ancienne colonie hollandaise, il a une frontière commune avec la Guyane : le fleuve Maroni. Bon, la comparaison avec le Pas-de-la-Case est quand même exagérée ; outre les prix attractifs pour les alcools, les fringues, l'électronique et les laves-vaisselle, le Suriname a quand même à offrir un intérêt touristique certain, notamment grâce à son passé colonial (et aussi aux dauphins de fleuve, mais ce sera pour une prochaine fois).

La frontière en jaune délimite le plateau des Guyanes.
Pour la petite histoire, la Guyane française et les anciennes colonies avoisinantes - le Suriname (hollandaise), le Guyana (anglaise), la partie brésilienne au nord de l'Amazone (portugaise) et le sud-Orénoque du Venezuela (espagnole) - forment le plateau des Guyanes, région où la légende situait la présence la ville de l'Eldorado. Et la présence des cinq principaux pays colonisateurs dans cette zone n'y est du coup peut-être pas étrangère. Pour mieux visualiser, je vous laisse vous laisse vous énucléer les yeux sur la carte ci-contre.

Bon sinon, il faut trois heures de route depuis Cayenne pour atteindre Saint-Laurent-du-Maroni, dix minutes de pirogue pour traverser le fleuve (enfin, trois minutes à l'aller et quinze au retour, notre pirogue transportait une machine à laver, achetée moins chère au Suriname) et encore deux heures de route pour atteindre la capitale, Paramaribo. La ville est très inégale, on ne sait pas dans quelle époque la situer. La population est pauvre, les trottoirs défoncés, les murs des bâtiments décrépis et les vieux véhicules tout pourris côtoient des casinos modernes qui clignotent comme des flippers toute la nuit. En réalité le centre-ville non historique ne présente aucun intérêt touristique, juste de quoi s'amuser un peu le soir (quasiment pas de bars, juste des casinos) et faire les magasins la journée. Par contre, pour ce qui est de la vieille ville de l'époque coloniale... On se croirait presque aux pays-bas :



Le siège de Charlie Hebdo.



Non allez, sans déconner, les photos suivantes illustrent pour de vrai ce que je voulais dire. Le centre historique tranche clairement avec la ville périphérique, beaucoup plus récente. Il est très calme, pas de grands bâtiments de béton, peu de voitures, beaucoup de jardins ou de parcs avec des bancs pour se reposer (et où l'on peut voir de gros lézards de la taille d'un varan se balader). Les rues et les maisons en briques rappellent clairement l'architecture néerlandaise, mais sans le gouda.



La rue où a été tourné Desperate Housewives.



Le marché central de la ville dépayse pour de bon. Les ruelles tout autour sont bondées de stands faits de bric et de broc, où la population la plus pauvre tente de vendre deux-trois bricoles - des noix de coco, des graines d'awara ou des corossols. La partie couverte est moins précaire mais épuisante : il fait une chaleur à crever, les vieux néons clignotants ne parviennent pas à éclairer correctement, des odeurs d'épices, de nourriture et de fruits se mélangent, on se retrouve immédiatement en sueur - l'ambiance générale est très énergique.

Le dernier jour de ce weekend sera visite du fort Zeelandia, construit à l'époque des colonies pour protéger Paramaribo. C'est aujourd'hui un petit musée sur le passé de la ville et ses ethnies. Quelques pièces de collection d'objets amérindiens ou de communautés locales (dont une parure en élytres de scarabée vert aux reflets vraiment splendides), une reconstitution d'une pharmacie de l'époque (avec un flacon portant une inquiétante étiquette "arsenic chloride"), d'anciennes geôles, une poudrière, etc...



"Bon sang ! Comment c'est arrivé ?!?"
"Ben il jouait au con... L'accident bête, quoi !"



Il est temps de rentrer, le dépaysement a été important - d'autant que le taxiste qui nous a ramené à Albina (sur le Maroni) nous a donné une leçon de langue Aluku -, j'ai l'impression d'être parti en vacances une bonne semaine. Prochain passage au Suriname : Galibi.

dimanche 30 novembre 2014

La planète des singes.

Les ilets de Rémire se trouvent au large de Cayenne, à vingt minutes de bateau (enfin, "bateau" c'est vite dit, c'était un vieux rafiot en alu avec un moteur). L'ilet La Mère a un passé foisonnant : amérindiens, jésuites, bagne, ferme, et... réserve de singes. Ouais, parce-que quand l'Institut Pasteur (encore lui !) a eu besoin d'un élevage de singes saïmiris pour ses recherches sur les maladies émergentes, il s'est dit que ce serait plus simple de les mettre là pour en faire un stock autogéré plutôt que d'aller les chercher en forêt. Ben du coup, les singes s'étant habitués à l'Homme, c'est devenu une attraction touristique.

Je vous épargne les détails d'un trajet en voiture inintéressant, à part le petit pont de bois que l'on a traversé et son panneau "Interdit aux 40 tonnes". Ouais, parce-que bien sûr, les 20 tonnes passent large sur trois planches au-dessus du vide. "Tu serais étonné de la résistance du bois guyanais !" Ah. La conductrice du bateau, originaire de Mazamet (si, si), nous amène sur l'île et nous explique un peu son passé (celui de l'île, pas le sien à elle). Le pied à peine posé à terre, les singes nous sautent déjà dessus, ayant repéré les sacs à dos remplis de nourriture.



"Putain, Kirikou, dégage ! J'suis pas un omnibus, bordel !"
"J'suis pas Kirikou, j'suis un suricate !"



Bon sinon, petite balade autour de l'île, les singes ne nous ont pas lâchés d'une semelle. Quelques panoramas sympathiques et des arbres assez étonnants. Le guide du Petit Futé disait : "Les singes ont peur de l'eau, le seul moyen que vous aurez de manger tranquille, sera de vous installer sur la plage." Peur de l'eau, mon cul. On n'avait à peine déballé nos affaires qu'ils étaient déjà là, à quémander les cacahuètes, jugez par vous-même :



"Oh les gars ! Y'a un arbre à chats qui distribue de la bouffe !"



Note au Petit Futé 2015 : les singes n'aiment pas la salade mexicaine, j'ai pu grailler (presque) peinard.

 




Baignade pour ceux qui le voulaient, température au bord de l'eau estimée à 30-32°C. J'ai pas voulu. Retour au débarcadère ; les singes m'ont tiré mon paquet de cacahuètes. Après six heures passées sur l'île, on retourne sur le continent. La conductrice nous demande si on a passé une bonne journée. "Vous avez pas trop nourri les singes, quand même ?". Non, non, t'inquiètes.